Atos : David Layani met hors jeu Daniel Kretinsky [LES ECHOS]

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Lundi soir, à l’issue d’un ultime round de négociations, le conseil d’administration du fleuron informatique plombé par 4,8 milliards d’euros de dette a basculé en faveur de l’offre des créanciers obligataires alliés au premier actionnaire du groupe.

Par Anne Drif

Publié le 10 juin 2024 à 22:53
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C’est niet. Atos ne tombera pas sous le pavillon du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. Malgré d’ultimes coups de pression, le conseil d’administration du géant informatique de 94.000 collaborateurs a écarté ce lundi soir l’offre de la figure montante du capitalisme européen qui a bâti sa fortune dans les énergies fossiles et le gazoduc Eustream et à qui jusqu’à présent rien ne résiste, de Fnac Darty à Casino, Tyssenkrupp et Royal Mail. Pour la seconde fois, l’homme d’affaires se sera vu fermer la porte d’Atos, après son échec en février et malgré des mois de négociations, de sa tentative de reprise de l’infogérance d’Atos. Un véto définitif, sauf nouveau revirement.

Contacté Atos n’a pas souhaité faire de commentaire et réserve sa communication pour les prochaines heures.

De report en report, d’indécisions et tentatives de retournement d’alliances de tous bords, David Layani l’a définitivement emporté. A l’issue d’un dernier ajournement post-élections européennes, le conseil s’est décidé à ouvrir des négociations privilégiées avec le premier actionnaire d’Atos et patron de OnePoint, allié aux hedge funds et créanciers obligataires.

Depuis la mise au jour d’erreurs comptables en 2021, Atos s’enfonce toujours plus bas, avec une valeur en Bourse qui a fondu comme neige au soleil. Jusqu’à atteindre aujourd’hui un point de non-retour : l’ex fleuron informatique doit trouver un accord d’ici juillet s’il veut clore sa procédure de négociation amiable avec ses créanciers, sinon il basculera dans une procédure judiciaire bien plus dure. Dès lors, « la certitude d’exécution est un élément déterminant », laissait-on entendre dans l’entourage d’Atos quelques heures avant.

Dès le dimanche 2 juin, le premier actionnaire d’Atos avait fait pencher la balance : il s’est rallié à la position du noyau dur des obligataires, propriétaires virtuels avec les banques d’Atos depuis sa descente aux enfers.

Minorité de blocage

Un appui clé : pour que le sauvetage du groupe plombé par 4,8 milliards d’euros de dette ait des chances de passer, le plan choisi doit bénéficier d’un « soutien suffisant » des créanciers afin de pouvoir ensuite déclencher la sauvegarde accélérée, elle validée aux deux tiers.

Dans les précédents Casino et Orpea, la barre était fixée à 30 % de la dette, l’équivalent d’une minorité de blocage.

David Layani était déjà assuré d’avoir l’appui de 36 % chez les obligataires du comité de négociation, voire de plus de 60 % au sens large. Peu importe combien il investissait. « Son argent ne nous intéresse pas, ce que nous cherchons c’est un industriel au capital pour opérer le retournement », estimaient des créanciers.

Pour avoir repris Casino à l’arraché en retournant l’alliance entre Attestor et le clan Niel-Pigasse-Zouari, Daniel Kretinsky connaissait probablement les règles mieux que quinconque. Ses dernières tentatives pour renverser la table après avoir rallié Attestor et BNP Paribas, lui ont permis de convaincre des banques françaises, voire de revendiquer le soutien de banques internationales comme Commerzbank. Mais il s’est heurté au veto du noyau de hedge funds et créanciers obligataires.

Atos, l’homme d’affaires tchèque n’en faisait cependant visiblement pas une affaire personnelle. Il n’est monté vraiment au front qu’en dernière ligne droite, déléguant les premières négociations à ses lieutenants. En parallèle il s’arrogeait Royal Mail et atterrissait chez Thyssenkrup. « Nous sommes utiles aux négociations. Atos, c’est un « must have », pas un « must do » », glissait-on du côté de l’homme d’affaires tchèque.

Dilution massive

Pour David Layani, ça l’était bien plus. Le premier actionnaire d’Atos jouait son va-tout. Le patron de OnePoint aura mis vingt mois depuis son offre pour mettre la main sur le groupe informatique. Il n’aura certes plus à mettre que 20 millions d’euros, pour 21 % du capital avec ses associés Butler et Econocom, là où il avait été éconduit après une offre de 4,2 milliards d’euros sur la seule activité digitale.

Sauf qu’entre-temps, il a perdu une partie de sa mise de départ pour racheter ses 11,4 % dans Atos : depuis qu’il a franchit les 5 % fin octobre, le cours d’Atos a été divisé par 5. Et dans la restructuration qui s’ouvre, les actionnaires sont promis à une « dilution massive ».

Les premiers vainqueurs ce lundi soir, en réalité ce sont les hedge funds et créanciers obligataires qui prennent les clés d’Atos, sous la direction de DE Shaw, Boussard & Gavaudan, Tresidor, Syquant, SPG, Fidera, Blackrock et AG2R. Daniel Kretinsky les menaçait d’un effacement de dette massif de plus de 4 milliards d’euros sans participation au capital. Ils limitent l’écrasement de dette à 2,9 milliards et peuvent espérer récupérer 40 à 100 % de leur mise. Une petite revanche sur la restructuration de Casino.

La partie cependant est loin d’être gagnée. Gouvernance, rôle de David Layani, taux d’intérêt jugés usuraires… une autre bataille s’ouvre pour l’avenir d’Atos.

Anne Drif

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