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Atos est aujourd’hui presqu’à terre. L’histoire d’un gachis français (MARIANNE)

 

Débâcle 

Démantèlement d’Atos : le récit d’un gâchis français

Par et 

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La vente annoncée d’une partie des activités de ce géant de l’informatique au milliardaire tchèque Daniel Kretínský (par ailleurs propriétaire de « Marianne ») provoque des remous. Et pour cause : Atos est un acteur majeur de notre dissuasion nucléaire. Retour sur une débâcle qui découle d’une série de mauvaises décisions et dont notre pays a, hélas, parfois le secret…

Tout aurait pu passer sous les radars. Annoncée par un communiqué le 1er août, la vente d’une partie du fleuron français de l’informatique, Atos, était bien partie pour prospérer dans le désintérêt général. C’était compter sans Cédric Perrin. En moins de vingt-quatre heures, ce sénateur LR a rallié 81 parlementaires à sa tribune sobrement intitulée « Cessons de vendre nos fleurons stratégiques à des puissances étrangères ». Publiée en pleine torpeur estivale sur le site du Figaro elle a lancé le feuilleton stratégico-industriel de l’été. Un franc succès pour ce natif du Territoire de Belfort, berceau d’Alstom, qui brigue par ailleurs la présidence de la commission des Affaires étrangères et de la Défense du palais du Luxembourg, dont il est actuellement le numéro deux. Laissant planer la menace d’une commission d’enquête parlementaire, il fustige : « Il faut cesser de vendre la France par appartements. »

L’appartement, cette fois, porte la plaque d’Atos, groupe de services informatiques créé en 1997, longtemps dirigé par l’actuel commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, et en passe d’être scindé en deux lots : d’un côté, Eviden, qui rassemble le cloud ainsi que les activités de BDS, pour Big Data et Sécurité, c’est-à-dire les activités stratégiques de cyber­sécurité et les supercalculateurs ; de l’autre, Tech Foundations (TFCo), qui regroupe les activités historiques de conseil et d’infogérance, c’est-à-dire la gestion de postes informatiques et de data centers. Cette partie d’Atos est sur le point de basculer intégralement dans l’escarcelle de Daniel Kretínský, milliardaire tchèque qui n’est autre que… l’actionnaire de Marianne.

ENJEUX DE SOUVERAINETÉ

Notre journal, Kretínský l’a acheté en 2018 après avoir fait fortune dans les énergies fossiles. Détenteur d’un vaste portefeuille incluant notamment des participations dans l’opérateur postal britannique Royal Mail, dans les supermarchés Sainsbury’s ou dans le distributeur allemand Metro, ce francophile a notamment acquis, en France, une partie du pôle presse de Lagardère (dont Elle, Public et Télé 7 jours), investi dans le Monde TF1, ou encore Fnac-Darty, et s’apprête désormais à racheter le géant du livre Editis ainsi que le groupe Casino. Sans oublier Atos, donc, si l’offre déposée par le biais de son fonds d’investissement EP Equity Investment (EPEI) est validée par les actionnaires du groupe français lors d’une prochaine assemblée générale.

Le démantèlement d’Atos et l’entrée d’un actionnaire étranger au capital de son entité stratégique constituent un sujet d’enquête à côté duquel Marianne ne peut passer, en raison des enjeux de souveraineté. Car si Kretínský projette d’acquérir la totalité de la partie infogérance (TFCo), il devrait par ailleurs prendre 7,5 % du capital d’Eviden, devenant un des plus importants actionnaires de la structure. Or Eviden est l’une des rares sociétés au monde capable de fabriquer des super­calculateurs, ces monstres du calcul haute performance effectuant des expérimentations virtuelles et permettant notamment de simuler les conséquences d’une explosion nucléaire. Des simulations essentielles au maintien de notre capacité de dissuasion depuis la fin des essais, en 1996, à Mururoa. « Nous ne devons pas dépendre d’un autre pays, par exemple les États-Unis, afin de ne pas avoir à demander poliment à Washington d’utiliser les siens, explique à Marianne un ancien haut dirigeant du Commissariat à l’énergie atomique, il nous faut être autonomes. » Et, pour le rester, la France ne peut risquer de voir Eviden basculer sous pavillon étranger. En d’autres termes, la participation de 7,5 % que Kretínský s’apprête à détenir dans son capital est-elle de nature à compromettre notre souveraineté stratégique ? Mais, d’abord, comment en est-on arrivés là ?

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CHAPITRE I : LES ERREMENTS DE BRETON

La débandade d’Atos n’a en fait rien d’une surprise. En 2018, déjà, la société doit émettre un « profit warning » du fait d’incertitudes économiques. L’année 2021 tourne à l’annus horribilis : en juillet est annoncée une perte de près de 3 milliards d’euros après un avertissement sur résultats et des réserves émises par les commissaires aux comptes. Le titre dévisse en Bourse. En septembre, la sanction tombe : Atos sort du CAC 40.

À la barre pendant plus de dix ans, Thierry Breton témoigne d’un long savoir-faire en matière de destruction de grands noms de l’industrie tricolore, tels Thomson et France Télécom. Chaque fois, l’ancien ministre de l’Économie de Jacques Chirac s’éclipse avant que n’éclatent les orages. Et, chaque fois, il réussit à grimper une marche, aidé par son bagou : « Thierry Breton, c’est Serge Benamou dans la Vérité si je mens : il raconte des histoires que des types comme Chirac et Macron adorent écouter » s’amuse un observateur des affaires.

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Quand il prend la direction d’Atos, en 2008, il n’a qu’une idée en tête : grossir. À tout prix. En 2011, Siemens cherche à se séparer de sa branche IT Solutions and Services, Breton l’en débarrasse. Sur le papier, Atos grossit de 50 % mais récupère une activité en déclin. « Tout le secteur a regardé le dossier et personne n’en a voulu » se désole un ancien dirigeant d’Atos. Un industriel de premier plan renchérit : « Si les Allemands vendent un truc, c’est que c’est bidon. » La porte-parole de la CFDT d’Atos, Alia Iassamen, qui sonne l’alerte depuis des années, résume : « Sous l’ère Breton, il fallait impérativement tenir les objectifs, qu’importait si les contrats signés conduisaient à des marges négatives. »

Les errements de Breton relèvent aussi d’une absence de vision stratégique. « Celui qui porte aujourd’hui comme commissaire les espoirs du cloud européen souverain ne croyait pas à cette technologie chez Atos ! Et on a pris un retard considérable sur le sujet » tacle un ancien haut dirigeant d’Atos. Qui persifle : « Quand Macron l’a poussé à Bruxelles, en 2019, Breton a bien vendu ses actions sans doute pour plusieurs dizaines de millions d’euros, mais il n’est même pas venu chercher ses cartons. »

CHAPITRE II : DES PRÉDATEURS À LA MANŒUVRE

Le président-directeur général Breton parti, son compagnon de route prend le relais. Entré au conseil d’administration en 2008, Bertrand Meunier n’hérite cependant que de la présidence du conseil d’administration mais assume la réalité du pouvoir et fait défiler les directeurs généraux. Ce polytechnicien, qui réside à Londres et possède la double nationalité franco-britannique, a fait fortune en prenant et en cédant des parts dans des entreprises non cotées (c’est ce que l’on appelle le « private equity »), et en ayant notamment recours aux LBO (pour faire simple, à de l’endettement).

En septembre 2021, Bertrand Meunier renoue avec ses réflexes de financier et s’en ouvre à ses lieutenants. « Au retour des vacances d’été, il nous dit : “Il faut couper le groupe en deux pour nous concentrer sur BDS [Big Data et Sécurité] et trouver les financements pour restructurer l’infogérance” » assure à Marianne un ancien dirigeant d’Atos. Un ex-administrateur ajoute que McKinsey et Boston Consulting Group sont alors « mandatés pour élaborer des solutions ». Les cabinets de conseil, Atos connaît. McKinsey y a son rond de serviette depuis un moment. Si l’un des anciens dirigeants d’Atos, Rodolphe Belmer, a un temps officié dans ses rangs, c’est Thierry Breton qui a installé l’entreprise américaine à table en faisant très régulièrement appel à ses services.

Sentant la bonne odeur des honoraires, le Tout-Paris des affaires se positionne très tôt devant la mangeoire. Cabinets d’avocats, pontes de la communication financière et surtout banques d’affaires comptent bien profiter de cette nouvelle liquidation d’un champion tricolore. Hier face à face dans le démantèlement de Suez au profit de Veolia, deux grandes banques d’affaires se retrouvent ainsi côte à côte sur le dossier Atos (en plus de JP Morgan, qui n’est autre que le premier actionnaire d’Atos au 31 décembre 2022 !) : Rothschild & Co et Perella Weinberg Partners.

La fine fleur de l’audit ayant rendu sa copie, le conseil d’administration adopte le plan de séparation d’Atos en juin 2022. Notre insider au board résume : « La mouture est simple : d’un côté l’infogérance, qui est à la peine et que l’on désigne par la couleur bleue sous l’appellation TFCo ; de l’autre le stratégique, et notamment de BDS, activités en croissance et alors pourvues de la couleur verte (désormais orange) au sein de l’entité Eviden. »

CHAPITRE III : DES CANDIDATS FRANÇAIS RECALÉS

Des offres françaises pour Eviden, il y en a eu. Si Dassault, le fabricant du Rafale, a passé son tour sur ce coup-là, les autres industriels du secteur se sont bel et bien positionnés. Premier à dégainer, et bien avant l’adoption du schéma de partition : Thales, le géant français de l’électronique de défense co­détenu par l’État (26,06 %) et Dassault Aviation (24,99 %). Son PDG, Patrice Caine, dispose d’un plan visant à mettre la main sur BDS, la pépite d’Eviden. Mais cela passe par un dépeçage pur et simple d’Atos, Thales laissant au fonds américain Bain, l’un de ses partenaires pour l’occasion, les autres activités, quitte à les voir revendues à la découpe. Principale sacrifiée : l’infogérance, identifiée comme la cause de tous les problèmes d’Atos. Sollicité par Marianne Thales ne dément ni ne confirme ce plan éventé par Reuters et Bloomberg en février 2022, mais dit être aujourd’hui « passé à autre chose » faisant valoir sa récente acquisition du champion américain du cyber Imperva, acheté pour 3,6 milliards de dollars en juillet.

Autre mastodonte à s’être positionné, une fois le schéma de scission validé par Atos : Airbus, le géant franco-allemand de la défense européenne. Des discussions sur 29,9 % d’Eviden sont annoncées par Atos en février. Mais l’option n’aboutit pas. D’après certains, elle aurait été torpillée par les militaires français craignant la coloration trop allemande de l’avionneur (« alors même qu’Airbus fabrique nos missiles balistiques nucléaires embarqués dans les sous-marins » modère un bon connaisseur du dossier). Pour d’autres, l’option Airbus aurait été sabordée par l’un de ses actionnaires, le fonds britannique TCI, qui estime l’opération trop coûteuse. Reste qu’Airbus jette officiellement l’éponge fin mars – tout en demeurant très attentif au déroulement des événements et se montrant « toujours très intéressé ».

D’autres postulants se sont fait connaître. Spécialisé dans la transformation numérique des entreprises, le français Onepoint (3 300 salariés et 500 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022) est l’un d’eux. Détail qui n’en est sans doute pas un : son dirigeant, David Layani, qui dément toute implication, a été mis en examen en 2021 pour « complicité de subornation de témoin » dans le dossier du financement libyen présumé de Nicolas Sarkozy en 2007. Associé au fonds d’investissement britannique ICG, Onepoint a formulé en septembre 2022 une offre de 4,2 milliards d’euros portant sur la partie Eviden, offre restée sans suite. Autre prétendante, la société tricolore Astek (7 200 salariés et 500 millions d’euros de chiffre d’affaires) s’est alliée pour l’occasion à un autre français, ChapsVision (600 collaborateurs et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires). Ces entreprises ont levé la main pour manifester leur intérêt, mais sans pour autant déposer d’offre formelle ni faire la preuve qu’elles étaient financées, et, une fois encore, sur le seul périmètre d’Eviden. Et TFCo ? Si Eviden attise toutes les convoitises, TFCo, qui regroupe la partie infogérance, n’en suscite aucune. Sauf celle de Daniel Kretínský.

CHAPITRE IV : KRETÍNSKÝ ENTRE DANS LA DANSE

Le milliardaire tchèque entre dans la danse à l’été 2022, avisé par la banque Rothschild & Co. L’affaire prospère en mars 2023, quand le Monde révèle son intérêt pour l’activité d’infogérance (TFCo), et se verrouille début août. Après avoir dévoilé une perte nette de 600 millions d’euros et une dette nette de 2,3 milliards, Atos annonce des négociations exclusives avec EPEI, le fonds de Daniel Kretínský, sur 100 % de TFCo et, petite nouveauté, 7,5 % d’Eviden. « Les 7,5 % d’Eviden lui ont été imposés par le grand patron d’Atos, Bertrand Meunier, en contrepartie de TFCo » assure un soutien du fleuron informatique. Un autre précise à Marianne : « Atos a besoin d’investisseurs pour Eviden afin de procéder à une augmentation de capital. L’idée, c’est que Kretínský fasse appel d’air. Meunier demandait 250 millions et Kretínský a accepté d’aller jusqu’à 217,5. » Même son de cloche du côté de ce dernier : « On s’est mis d’accord sur une action à 20 €, ce qui correspond à 7,5 % du capital d’Eviden, avec un lock-up [obligation de conserver cette participation] de neuf mois à compter de la réalisation de l’augmentation de capital. » Comprendre : Daniel Kretínský ne serait là qu’une courte période, le temps que l’orage passe sur Atos, il n’y aurait donc pas lieu de s’en inquiéter. À voir…

Reste que l’opacité règne sur les conditions financières du deal : pour acquérir les activités d’info­gérance d’Atos, il en coûtera 100 millions d’euros. Un petit prix, estiment certains. Par ailleurs, comme l’affirme Bertrand Meunier dans la Tribune Atos doit remettre les clés de TFCo avec un gros paquet d’argent lié au besoin de fonds de roulement (en substance, le fonds de caisse). Un montant qu’il refuse de dévoiler. Il y a de quoi faire s’étrangler les actionnaires minoritaires. Et pour cause : frôlant les 7 € au 15 septembre 2023, la valeur de l’action a été divisée par 10 en trois ans ! À l’instar des membres de l’Union des actionnaires d’Atos constructifs (Udaac), les fondatrices du hedge fund tricolore Ciam estiment que la vente se fait in fine sur un prix négatif. En clair : EPEI recevrait 900 millions d’euros en cash d’Atos, le fameux fonds de roulement, pour mettre la main sur TFCo. Mais les partisans de l’opération contestent : EPEI, plaident-ils, doit supporter la dette de 1,9 milliard de passif au bilan, 7 milliards de passif hors bilan, et devra débourser de 600 à 800 millions d’euros de dépenses de restructuration déjà identifiées pour remettre le groupe à flot. Verre à moitié plein pour les uns, à moitié vide pour les autres…

Outre l’opacité financière, les frondeurs dénoncent le « pacte d’intéressement » élaboré par EPEI pour les hauts cadres dirigeants de TFCo, à commencer par le directeur opérationnel de TFCo, Nourdine Bihmane. Ce dernier pourrait ainsi gagner jusqu’à 25 millions d’euros en conservant son poste après l’opération. De quoi, pour EPEI, s’assurer le soutien du management au-delà de la simple rationalité – une pratique standard, prétendent les intéressés, selon qui « ce pacte a été discuté avec le conseil d’administration d’Atos et évalué par des experts indépendants pour ne léser aucun actionnaire minoritaire puisque Daniel Kretínský sera le seul actionnaire à l’assumer ». Révélé par Mediapart, le sujet est sensible. Le fonds Alix AM, qui déclare 1 % du capital d’Atos, est à son tour entré dans le jeu de la contestation de ce « pacte d’intéressement » par un courrier daté du 15 septembre et adressé aux membres du conseil d’administration pour leur annoncer le dépôt prochain d’une plainte visant leur responsabilité personnelle dans un possible « abus de bien social » (ABS). Plaçant donc Daniel Kretínský en situation potentielle de recel d’ABS. Aïe !

CHAPITRE V : UN ÉTAT SANS VISION

Très en cour, Daniel Kretínský a-­t-il discuté d’Atos avec Emmanuel Macron en marge du dîner organisé à l’occasion du sommet Choose France en mai, où il était placé à la droite de Brigitte Macron et face au président ? À défaut, en a-t-il été question avec le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, lors de leur entrevue fin juin ? À tout le moins, il n’y a pas eu de veto.

Sollicité par Marianne l’Élysée n’a pas donné suite, contrairement à Bercy. Si le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle (sic) et numérique, Bruno Le Maire, se déclare « particulièrement attentif à la préservation de l’emploi [107 013 salariés pour l’ensemble d’Atos, dont 11 800 en France au 30 juin] et aux intérêts stratégiques de la nation » il risque d’être déçu sur la première question. « Il y aura des restructurations, mais pour l’essentiel en Allemagne, où se situent les grosses difficultés » nous lâche une source proche du dossier. Quant aux enjeux stratégiques, le ministre se dit informé et se retranche derrière le fait qu’Atos est une société privée et que le seuil de 10 % d’investissements étrangers déclenchant le système de protection n’est pas atteint.

Une distance qui pose question : stratégique, Atos l’est depuis l’acquisition en 2014 de la société française Bull, l’ancienne étoile du mythique plan Calcul lancé en 1966 par le général de Gaulle pour positionner notre pays aux avant-postes de l’informatique de pointe. L’État, une fois de plus, a fait preuve d’un vrai manque de vision dans ce dossier.

Du côté des militaires, on se montre cependant moins alarmistes que du côté des parlementaires. « C’est le moins mauvais des scénarios », estime la Direction générale de l’armement (DGA), qui se désole tout de même de l’absence d’une offre 100 % française. « On a influencé le découpage d’Atos car la société est en danger et que l’on ne peut pas risquer ses activités sensibles », reconnaît même cette administration centrale dont le rôle est de faire valoir les intérêts du ministère des Armées tout en suivant de près la santé des acteurs industriels sensibles. « En vertu de certaines conventions, nous sommes en contact de façon permanente avec le board d’Atos » ajoute la DGA. « On leur a dit : soit on préserve tout et les intérêts de l’État sont préservés, soit on est obligés de découper, et, dans ce cas, voici le schéma auquel nous ne nous opposerons pas. » En clair : isoler l’activité sensible et la sécuriser.

Autrement dit, la scission adoptée par le conseil d’administration d’Atos en juin 2022 a été validé en amont par l’État. Et Daniel Kretínský ? Il a écrit mi-août au ministre de la Défense en s’engageant à revendre ses actions dans Eviden à tout acteur choisi par les pouvoirs publics et Atos et, d’ici là, à suivre l’État pour les votes stratégiques. Questionné, l’État n’a pas démenti. Est-ce suffisant ? « Il nous a envoyé un certain nombre de signes plutôt rassurants par rapport à sa prise de participation [dans Eviden], un certain nombre de signaux sur sa capacité à respecter nos préoccupations qui sont, pour le coup, des lignes rouges » nous glisse notre source à la DGA tout en rappelant que le schéma doit encore être validé par les actionnaires d’Atos lors d’une prochaine assemblée générale.

Seule certitude : entre le tollé suscité par l’opération, la colère des actionnaires minoritaires qui redoutent de tout perdre et les actions judiciaires en préparation, l’ancien fleuron français de l’informatique, déjà bien mal en point, est aujourd’hui presque à terre. Atos ou l’histoire d’un gâchis français.

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