Atos : Airbus, Kretinsky… Les confidences de Paul Saleh à ses 500 tops managers [CHALLENGES]

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Avant-propos blog: Challenges nous livre sa vision intéressante de ce call de Paul Saleh. Le blog avait pensé faire le même exercice mais a manqué de temps, travaillant sur une transcription écrite afin que les non-anglophones puissent utiliser Google Translate ou similaire. Nous espérons mettre cet article en ligne d’ici vendredi en soirée.

 

EXCLUSIF – Dans un enregistrement que s’est procuré Challenges, Paul Saleh livre un éclairage sur les sensibles tractations en cours avec Daniel Kretinsky et Airbus sur la scission du groupe. Des ventes qui doivent permettre de faire face au mur de la dette et sauver le soldat Atos.

Par Régis Soubrouillard le 29.01.2024 à 06h30.  Avec l’aimable autorisation de Challenges qui nous a demandé de différer la publication de l’article de 48h.

Propulsé à la tête du fleuron français Atos, actuellement en pleine déconfiture et démembrement, l’une des premières initiatives de Paul Saleh a été de s’adresser à son top management. Dans la semaine du 15 janvier, le nouveau directeur général du groupe a organisé une conférence téléphonique réunissant ses 500 salariés les plus influents. Challenges a obtenu une copie de 57 minutes de l’enregistrement. Une intervention façon câlinothérapie pour rassurer ses troupes ? Pas seulement. Paul Saleh livre de nouvelles précisions sur les sensibles tractations qui doivent permettre de sauver le soldat Atos. Refinancement de la dette, négociations avec Airbus pour la cession d’Atos BDS, rachat par Daniel Křetínský de la branche infogérance Tech Foundations… L’ex-directeur financier, déjà confronté à une nouvelle dégradation de la note par S&P, rappelle en substance que le mur de la dette sera difficilement évitable sans ces ventes.

A la demande de Challenges, l’article sera différé de 24h.

Le spectre de l’échec du plan Kretinsky

L’entreprise doit en effet rembourser plus de trois milliards d’emprunts au cours de l’année 2025 pour une dette globale de cinq milliards. La direction a récemment rencontré les 22 banques du pool bancaire qui détiennent des créances. Mais certains établissements, comme la Société Générale ou BNP, ont exprimé leurs réticences pour acter un nouveau calendrier de remboursement. Et pour cause : elles attendaient d’y voir plus clair sur la concrétisation de la vente de Tech Foundations. L’opération a aujourd’hui du plomb dans l’aile reconnaît le patron d’Atos devant ses salariés :

« Nous espérions boucler cette affaire d’ici la fin de l’année 2023 ce qui s’avère aujourd’hui plus compliqué » explique d’abord Paul Saleh. Il faut « préparer le marché à entendre que nous pourrions ne pas y arriver […] Il se peut que nous ne soyons pas en mesure de conclure cette transaction comme nous l’avions initialement prévu et nous le saurons au cours des prochaines semaines ».

Bien engagées à la fin de l’année 2023, celles-ci seraient beaucoup plus difficiles. Le milliardaire tchèque était prêt à accepter de « meilleures conditions » pour le rachat de Tech Foundations en cas de « non-obligation » de rentrer au capital d’Eviden, la future branche des activités stratégiques née de la scission. Mais « Atos a imposé des conditions inacceptables à Daniel ­Kretinsky, confie une source bien informée. Face à la temporisation de Kretinsky, le groupe a contre-attaqué et tendu les relations. « Nous demandions simplement une compensation supplémentaire étant donné que les négociations allaient se prolonger au lieu de se terminer à la fin de l’année »

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Peu optimiste, Paul Saleh déclare alors que « ces choses peuvent être résolues, mais l’autre partie a été très lente à accepter beaucoup de ces conditions et nous n’avons pas encore atteint un point où je peux vous dire avec confiance que nous allons y arriver » martèle-t-il.

L’ex-financier a toutefois voulu apporter des solutions en cas d’échec définitif avec Kretinsky. « Nous continuerons, quoi qu’il arrive, à opérer en tant qu’entreprises séparées [Tech Foundations et Eviden] pour le moment. Nous mettrons en place un plan pour tirer parti des capacités combinées que nous avons avec les deux entreprises pour servir nos clients et lorsque de nouvelles affaires se présentent […] Il y a un avantage à avoir une entreprise commune pour les deux entreprises ».

Cet argumentaire est étonnant. La plupart des directeurs qui se sont succédés ont essayé de « vendre » la pertinence de la scission d’Atos en deux entités distinctes – un plan élaboré alors par McKinsey -. Un montage visant à mieux justifier la vente de Tech Foundations dont les activités d’infogérance sont moins stratégiques.

Pression des banques pour céder Atos BDS à Airbus

Face à l’enlisement des négociations avec Kretinsky, les banques ont sans doute contraint le groupe à rouvrir le dossier de la vente d’Atos BDS. Paul Saleh explique les raisons qui ont abouti au choix d’une cession : « nous ne pensions pas pouvoir lever des capitaux assez rapidement à partir des fonds propres et nous n’étions pas sûrs à 100 % que nos actionnaires approuveraient ou non la levée de capitaux, et c’est pourquoi, fin décembre et début janvier, nous avons fini par nous mettre d’accord avec Airbus pour vendre notre activité BDS, ce qui n’était pas vraiment notre premier choix. Mais nous voulions clarifier pour tout le monde que nous avions les moyens de faire face aux échéances à venir, comme je vous l’ai dit, à partir de 2025 ».

Paul Saleh précise ensuite, en réponse à une question d’un manager, où en sont les négociations avec le géant de l’aéronautique : « nous avons eu nos discussions pour examiner le dossier avec Airbus et nous entrons, comme je l’ai dit, dans cette phase de confirmation de due diligence ». Cette étape consiste pour le candidat en un audit des risques qui pèsent sur l’entreprise ciblée et des passifs qui pourraient surgir. Un palier qui ne garantit pas la clôture des négociations. En 2023, c’est après cette le due diligence que Airbus, déjà candidat au rachat, avait abandonné le dossier Eviden.

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Contrairement à l’opération Tech Foundations, Paul Saleh semble ici plus optimiste, ce que confirment certaines sources liées à Airbus. Nombre d’éléments peuvent toutefois encore empêcher l’opération. Mais que pourrait-il se passer si cette cession capote ? « Existe-t-il un plan B, demande alors un des managers ? Paul Saleh répondra par l’affirmative mais en se contentant d’expliquer qu’il faudra alors « restructurer la dette ». Un plan B, pas vraiment alternatif.

Le patron d’Atos a ainsi précisé que « la vente de BDS n’est qu’un élément clé de nos plans de refinancement pour faire face à ce que beaucoup appellent les liquidités. Nous avons suffisamment de liquidités pour faire face à nos obligations à court terme jusqu’en 2024, mais nous n’avons pas la capacité de nous contenter d’un simple refinancement, il nous faut aussi repousser la ligne de crédit à 2026 et c’est exactement ce que la vente de BDS doit nous permettre de faire ». Le temps presse. Le premier refinancement par les banques est attendu pour fin mars.

https://www.challenges.fr/entreprise/atos-airbus-kretinsky-les-confidences-de-paul-saleh-a-ses-500-tops-managers_881617

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