Bernard Bourigeaud, le fondateur de ATOS nous a quitté ce matin – HOMMAGE à ce formidable Monsieur qui m’avait accordé 4 entretiens pour le plan Refocus – Rubrique « hommages » en fin d’article [Témoignage-blog]

VOUS POUVEZ LAISSER UN HOMMAGE A BERNARD DANS LA RUBRIQUE COMMENTAIRES A LA FIN DE L’ARTICLE.

Même les fées sont mortelles.

Lors de la présentation de mon plan Refocus Not Split cet été, j’avais dit que plusieurs bonnes fées s’étaient penchées sur son berceau, dont un président du SBF120.

Bernard Bourigeaud était depuis 18 mois président du board de Worldline, l’ex-filiale d’Atos qui vaut 4 fois atos en bourse. WORLDLINE étant à la fois au CAC40 et au SBF120, j’avais voulu rester discret en parlant juste du SB120, tout en ayant été malheureusement été prémonitoire [Ndrl: Wln va sortir du CAC, annonce lundi 11].

Note: cet article ayant été écrit quelques heures après avoir appris le décès de Bernard Bourigeaud, sous le coup d’une certaine émotion l’ayant eu au téléphone environ 2 mois auparavant, j’ai mélangé l’expression « il m’a consacré du temps » et « il m’a consacré des entretiens ». J’ai donc rectifié le titre et la paragraphe ci-après; Bernard Bourigeaud m’a « accordé » des entretiens et non « consacré » des entretiens. Désolé de cette faute.

Tout président d’une société du CAC40 qu’il était, et membre d’autres boards, il m’avait accordé quatre entretiens d’une heure, pour m’exposer sa vision d’un plan alternatif pour Atos, fait moultes remarques pertinentes sur mon avant-projet, insistant sur le fait que les activités étaient interconnectées et qu’Atos allait au naufrage si scission il y avait. Il était même prêt, sous réserve que l’Udaac réunisse 10% au moins des actionnaires, de prendre lui-même 1 à 2% du capital d’Atos pour nous aider à révoquer le board.

L’homme était humble et affable, il m’a tout de suite dit « appelez-moi Bernard ». Et à aucun moment, je n’ai senti de condescendance d’un président du CAC40 vis-à-vis d’un petit blogueur quasi anonyme.

Ce n’était pas un ami, ni un intime, mais une personne qui m’a pris au sérieux, m’a traité très amicalement et m’a systématiquement rappelé après chacun de nos emails, et toujours très à l’écoute. Je voyais arriver son « +32 » belge.

Il a eu la gentillesse, durant nos entretiens, de m’accorder la moitié de son temps sur « le plan » et l’autre moitié de son temps pour du bavardage fort instructif sur la genèse d’Atos en 1997, la résurrection d’Axime au board de la faillite en 1992, jusqu’à la fusion-absorption de Sligos pour créer Atos en 1997, puis ses premières grosses acquisition dont Origin. Il a même avoué, au moment de la bulle internet peu après la fusion avec Origin, avoir vendu une partie importante de ses actions à 196€, estimant que ce prix était en totale déconnexion avec la valeur d’Atos à ce moment-là.

Il m’a parlé autant de ses succès que de ses erreurs. Il m’a redit la fameuse phrase « je n’ai pas acheté Origin pour être gros, mais pour être gros tout de suite ».  « Je savais qu’il y aurait rapidement des mouvements de concentration et je voulais qu’Atos fasse partie des prédateurs et pas des proies ».

Son regret, ne pas avoir suffisamment audité SEMA avant l’acquisition, société qu’il connaissait, mais qui avait passé 3 ans dans les mains de Schlumberger. « je n’aurais jamais pensé qu’en 3 ans, ils auraient pu autant massacrer la société. On a fait un audit trop superficiel et ça nous a couté 2% de MOP durant 2 ans ».

Son regret, ne pas être allé outre la réticence de son board pour faire une co-entreprise avec le géant allemand T SYSTEMS et qui aurait donné naissance au n°1 de l’infogérance. Il m’a parlé sans aucune gêne de son départ d’Atos. Pas d’amertume, il n’imaginait pas l’idée de présider son board sans l’unanimité de ses membres. Il a connu de belles aventures ensuite avec la présidence des jeux paralympiques.

C’était quelqu’un de très humain et centré sur l’humain. Je lui avais consacré 3 articles.

 

Bernard Bourigeaud, fondateur d’Atos: « L’humain est la clé de la réussite » (LE VIF.be)

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Bernard Bourigeaud, ex-PDG d’Atos : « Pour diriger vous devez aimer les gens, sinon vous êtes inapte » (LES ECHOS Executives)

 

On verra si ses paroles sont prophétiques, car il m’avait dit : « Eviden ne survivra pas si elle se sépare de TFCo ».

Il m’avait aussi dit « ne vous pressez surtout pas pour vendre BDS, tout le monde sait que c’est l’actif vendable le plus facilement, ils vous attendent, vont s’organiser et vous en donner une misère. Et comme vous n’aurez aucun autre acheteur, vous serez obligé d’accepter leur prix ».

Quand il disait « vous », ça n’était pas moi bien sûr, mais « le nouveau board » qu’au moment de la création de l’UDAAC, nous souhaitions mettre en place.

Il m’avait dit : par contre, vendez vite Syntel pendant que ça a encore de la valeur et ça vous laissera 7/8 mois pour faire monter les enchères pour BDS. C’était de la mégalomanie de mon successeur de vouloir aller aux USA, Atos n’avait rien à faire là-bas, tout petit sur un marché de 700Md€.

Son autre condition de réussite de l’opération « il faut solder le soldat Atos » c’était : « virez tout le board, ce sont tous des incompétents qui n’auraient jamais dû entrer au board. » Je lui ai dit « même Proglio? » Il m’a répondu « aussi talentueux que soit Proglio, vous croyez que ce sont des banquiers dont on a besoin. Atos a des métiers ultra-complexes, il faut des administrateurs qui connaissent tous les rouages d’une ESN. Vous avez bien vu ce qui s’est passé avec Meunier, surtout pas de banquiers au board. »

Il avait donc encore toute sa tête et une tête bien remplie. Son analyse de la situation d’Atos était assez simple en fait : « les managers ne vont plus voir les clients et sont toute la journée derrière leurs tableaux Excel ».  « Les clients ne sont plus visités ».

Quant à ce qu’il pensait de Meunier, je veux rester sur des paroles simples et d’hommage posthume qui ferait tache dans l’article. Je ferai probablement un deuxième article lié à sa bio. Si des volontaires ex-Atossiens veulent m’aider, merci de m’envoyer un mail.

PAIX À SON ÂME

 

POUR LAISSER UN HOMMAGE A BERNARD, SCROLLEZ VERS LE BAS et REMPLISSEZ LA RUBRIQUE « LEAVE A COMMENT« . Il apparaitra sous quelques heures.

 

Merci de forwarder cet article à ceux dont vous savez qu’ils ont connu Bernard Bourigeaud et qui seraient heureux de laisser un message.

 

15 Comments on "Bernard Bourigeaud, le fondateur de ATOS nous a quitté ce matin – HOMMAGE à ce formidable Monsieur qui m’avait accordé 4 entretiens pour le plan Refocus – Rubrique « hommages » en fin d’article [Témoignage-blog]"

  1. Paix à son âme, après une carrière et un impact économique exceptionnel !

  2. Cette nouvelle me bouleverse. J’ai connu Bernard à l’époque d’AXIME (Il a été mon N+2 pendant 4 ou 5 ans). C’est certainement le plus grand patron que j’ai connu durant ma carrière.
    Effectivement très humain et avec une vision très claire de là où il voulait nous emmener ….
    Un grand monsieur nous a quitté …

  3. « Pour diriger vous devez aimer les gens, sinon vous êtes inapte »
    « les managers ne vont plus voir les clients et sont toute la journée derrière leurs tableaux Excel »

    Certains voudront y voir les propos d’un has been, tenant de la vielle école.

    A l’inverse, ces propos attribués à Bernard Bourigeaud sont ceux d’une école qui a 2000 ans d’expérience. Elle s’oppose à l’école des apprentis sorciers qui veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes et qui, non content d’éloigner les clients, démotive les salariés, les prestataires, les fournisseurs, les institutionnels et les investisseurs dotés de projets de développement économique au bénéfice de tous.

    Même si je ne connais pas Bernard Bourigeaud, et même si ma qualité d’ancien syndicaliste m’aurait prédisposé à lui opposer un contre-pouvoir, de tels propos méritent de lui rendre hommage.

    Patrick Fournier

  4. Nous devons tous quelque chose à M. Bernard Bourigeaud qui était un visionnaire et un « capitaine » d’entreprise tel qu’on les aime. Avec lui nous avons construit les fondations d’une entreprise puis d’un groupe que d’autres n’ont fait qu’exploser après 2010. Toutes mes condoléances à ses proches. En deuil depuis cette annonce.

  5. Merci Monsieur,

  6. Pensées pour les proches de M. Bernard B.
    Monsieur Bourigeaud était un grand Leader.
    Il disait s’entourer de collaborateurs plus intelligents que lui. Tâche rude s’il en est, était-ce le cas ? Ce qui est certain est qu’il savait laisser ses collaborateurs briller, tout en partageant sa vision, sans « outsmarter la salle ».
    Il rencontrait les clients, très souvent. Il savait aussi les rencontrer pour mener des discussions difficiles, voire proactivement et courageusement se séparer.
    Sa vision des services managés, des services d’intégration et des services BPO, aura permis de créer Atos puis un Atos Origin capable de compter et de grandir, reposant sur 3 grands piliers. Atos n’existerait pas sans lui. J’imagine sa perplexité devant le devenir de l’acteur qu’il avait créé.
    Reposez en paix Monsieur. Vous restez dans nos mémoires, chaque jour que nous puisons dans des figures exemplaires.

  7. Je connaissais bien Bernard Bourigeaud, avions de longues COnversations, plus axées sur les Cigares. Je garderais de lui, son regard, son humilité, sa capacité de lire l’avenir, aimer l’Humain, sa gentillesse. Qu’elle perte.
    Repose en paix mon Ami.

  8. Bernard fut un tres grand entrepreneur,Il faut souligner sa capacité à créer un univers de confiance avec son équipe.Il à su faire grandir chacun de ses collaborateurs.
    Merci Bernard

  9. Un grand Monsieur, que j’ai eu la chance de rencontrer en tant que DSI client d’Axime. Que c’est loin ! et pourtant j’ai toujours gardé le souvenir d’un homme capable de comprendre son interlocuteur, et d’admettre des décisions difficiles. Et d’un homme de convictions…Un grand merci Monsieur

  10. Merci à Monsieur Bernard qui simplement se fait appeler Bernard. Il y a bien longtemps que nous avons oublié ses conseils et que nous ne respectons plus ni aimons plus ni nos clients ni nos collaborateurs.

  11. Je l’ai connu entre 90 et 97 au club de tennis du Tc16. Très appliqué sur son jeu avec le prof, son petit œil malicieux en coin très poli et simple. Une bonne personne. Je repenserai particulièrement à lui lorsque je revisionerai Bagdad Café, qu’il a bien aimé.

  12. Bernard a apporté beaucoup aux étudiants du MBA de HEC dans les 15 dernières années
    Ceux qui l’ont eu comme speaker ont manifesté depuis vendredi leur tristesse et se rappellent de tout ce qu’il leur a apporté

  13. Je suis très triste et les étudiants comme les autres professeurs sont aussi très touchés

  14. De mon début de carrière en 2001 chez Atos (Origin) jusqu’à mon départ en juillet 2007, j’ai pu apprécier de travailler dans une entreprise qui me paraissait humaine.

    Monsieur Bourigeaud avait compris que la force de la SSII résidait dans les individus qui la composaient ce qui le conduisait à avoir une vision à long terme pour les salariés et son groupe (pas de vagues de licenciements post 11/09/2001). Malheureusement, ses successeurs n’ont pas été aussi sages et ont suivi une politique de court terme.

    Merci à ce grand capitaine d’entreprise pour ce qu’il a fait!

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